Julien Chorier, le “capitaine” Hoka revient pour nous sur sa saison 2014 !

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Acte III et fin de la saga Hoka ! Et c’est le meneur de l’équipe lui-même, Julien Chorier, qui nous fait l’honneur de ponctuer une belle série d’interviews ! Il revient pour nous sur sa première année chez Hoka, son rôle au sein de la Team et sur sa saison d’athlète. Il s’exprime aussi et en avant-première sur l’avenir de la marque et les surprises qu’elle nous réserve pour l’an prochain.

En tête à tête avec Julien Chorier, une exclusivité signée Trail Session !

 Première saison avec Hoka

– Figure emblématique de Salomon (de 2010 à 2013), pour quelles raisons avoir pris le risque de partir vers de nouveaux horizons avec Hoka? Passer du rouge au bleu a-t-il été naturel ?

“C’était un nouveau défi, avec de nouvelles opportunités. Certes, la marque est à une échelle un peu plus petite que celle de Salomon, mais j’avais la possibilité d’être en contact direct avec le développement et l’évolution des produits, et d’intervenir dans l’évolution du team.

Ce fut néanmoins un choix difficile et une vraie prise de risque. Je savais que je quittais une grosse team bien implantée, pour une autre avec moins de moyens mais dans laquelle j’allais endosser un rôle prépondérant. Je savais que je n’aurais pas pu avoir les fonctions que me proposait Hoka, chez Salomon.”

– Quel est ton rôle chez Hoka ? Peux-tu nous décrire le travail de Team Manager ?

“J’ai tout d’abord un rôle d’athlète ! Ensuite, je ne me considère pas complètement comme un Team Manager mais plutôt comme un « capitaine ». J’oriente les membres de la team, j’échange avec eux sur leurs calendriers pour la saison en cours et celles à venir. J’essaie par ailleurs d’apporter mon expérience pour les guider afin de valoriser l’image d’Hoka.

Concrètement, pour la Diagonale, je me suis chargé de la communication avec les médias. Avec les coureurs, nous sommes partis avec un photographe pour faire un reportage. Pendant une semaine, nous avons montré la vie de la Team via les réseaux sociaux. Nous nous sommes également déplacés dans différents magasins de l’île afin de mettre en valeur le travail de chacun.”

– Les chaussures Hoka, quel que soit les modèles d’ailleurs, paraissent s’éloigner de la gamme développée par Salomon. Comment as-tu réalisé la transition entre ces marques ? As-tu réalisé un travail sur ta foulée pour accomplir ce changement ?

“Aussi étonnant que cela puisse paraître, certains modèles de Salomon sont assez proches de ceux d’Hoka. Je me suis retrouvé avec des sensations similaires avec les Sense Ultra et les Rapanui : elles ont le même drop, un poids proche et un « déroulé du pied » assez similaire. Donc, au final, je ne me suis pas senti gêné par ce changement. La transition fut plutôt naturelle. Je n’ai pas ou très peu travaillé ma foulée. Le drop étant relativement faible sur les Hoka, j’ai pu conserver ma foulée sur l’avant du pied.

Après, j’utilise différentes chaussures en entrainement et je teste environ deux nouvelles paires par semaine. J’aime vraiment cette créativité quasi permanente chez Hoka. Il y a des prototypes à tester en continu.”

– Quel est ton ressenti en course avec les Hoka ? As-tu un modèle de prédilection en particulier ?

“J’ai eu de très bonnes sensations avec les Hoka, et ce dès ma première course : La Transgrancanaria. J’ai parcouru les 125 kms que compte l’épreuve sans avoir à changer de chaussures, alors que je ne les avais testées que 20 kms. J’ai eu l’agréable surprise de constater au bout de 12 ou 13 heures de course, que je n’avais même pas mal aux pieds ! C’est là que j’ai réalisé les qualités d’absorption des Hoka.

En termes de récupération, j’ai été aussi très bluffé. Je ressentais beaucoup moins les petites douleurs post-course. Ce qui fait que je me régale après les compétitions, notamment avec les Bondi ou les Stinson qui offrent une grande souplesse.”

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Le Grand Raid de la Réunion

– Double vainqueur de l’épreuve (2009, 2011), quel est ton rapport à la Diagonale des fous? Dans quel état d’esprit te trouvais-tu avant le départ ?

“J’avais vraiment à cœur d’y revenir cette année. C’est presque le seul endroit où l’on est reconnu comme des athlètes. L’ambiance est juste incroyable et le cadre génial. J’ai ressenti beaucoup d’émotions fortes lors de mes deux dernières participations.

Avant le départ, j’étais dans le doute. Au cours de ma traversée du GR 20, je me suis cassé une côte. Cela m’a particulièrement fragilisé car je n’ai pu recourir que début octobre. Il a donc fallu reconsidérer ma préparation. J’ai dû limiter mes entrainements à des sorties ne dépassant pas 1H30- 2H et ce, pendant 15 jours seulement.”

– Peux-tu nous expliquer les raisons de ton abandon ?

“Très rapidement, au 20ème kilomètre environ, j’ai commencé à ressentir des douleurs musculaires, puis aux genoux. J’étais dans un état de fatigue avancé et il me restait 160 kms à faire. Malheureusement, je me suis senti très tôt au bout de l’aventure. J’aurais voulu continuer mais mon corps en était tout simplement incapable.”

– Suite à cette déception, comment as-tu vécu la course de tête ?

“Je me suis vite ressaisi, j’ai pris une douche et je me suis mis en mode assistant. Cela m’a fait énormément de bien finalement de soutenir l’équipe. Je les encourageais dans les ravitaillements. J’ai vécu la course à travers eux.”

– Comment as-tu trouvé les mots justes et les bons gestes pour encourager tes équipiers sur la fin de course ? Quel discours as-tu tenu ?

“Aurélien (Collet) et Ludovic (Pommeret) étaient dans leur course ; ils étaient motivés. Je n’ai presque rien eu à leur dire, juste d’être vigilant.

Pour Renaud (Rouanet), c’était un peu plus difficile. Il a eu un gros coup de mou, consécutivement à un coup de chaud. On a beaucoup échangé. J’ai dû le remotiver. Je lui ai dit que l’important était d’aller jusqu’au bout. C’était aussi une situation compliquée pour moi car à travers lui, je me revoyais abandonner.”

– Depuis que tu es rentré en métropole, tu te trouves plutôt dans l’analyse de ta performance ou déjà plongé dans les prochaines échéances sportives?

“L’analyse est faîte depuis longtemps. Elle est finie depuis que j’ai rendu mon dossard. Et puis elle était surtout claire dans ma tête. Je n’étais pas suffisamment prêt physiquement. Cette côte cassée sur le GR20 m’a réclamé du repos et au final j’ai manqué de préparation.

Je suis donc déjà plongé dans lapréparation de la Team pour la saison 2015.” Grand-Raid-Reunion-HOKA-2014-Timothée-Nalet-0733

Bilan sur l’année écoulée

– Après des fortunes diverses sur des épreuves difficiles et relevées, quel bilan réalises-tu de ta saison ?

“Pour moi c’était une bonne saison. Le passage de Salomon à Hoka aurait pu être une catastrophe. Or, j’ai terminé 2nd de la Trangrancanaria et de la Hardrock, et j’ai remporté la Madeira Island Ultratrail. Mais il est vrai que la saison fut courte. Elle s’est arrêtée trop vite début juillet.”

– Tu as remporté la Madeira Island Ultratrail devant Patrick Bohard. Peux-tu nous dire deux mots sur cette course et cette magnifique île ?

“Cette île est une mini Réunion, et c’est particulièrement avantageux de s’y rendre car les billets coûtent quatre fois moins cher ! Les habitants sont chaleureux et accueillants. Elle offre un magnifique terrain de jeux pour le traileur. Quant à la course en elle-même, elle est très exigeante. Le parcours est extrêmement difficile avec de grosses ascensions.”

– Quelle image conserveras-tu de ta saison ? Quel sera ton plus beau souvenir ? Et le plus difficile ?

“Le pire et le meilleur souvenir sont au même endroit avec la Hardrock, mon aventure aux Etats-Unis. C’était à la fois la plus belle épreuve et la plus dure. J’ai parcouru les cents premiers kilomètres sans encombre. Mais les conditions météorologiques se sont dégradées avec l’arrivée de la pluie, du vent et de la neige ! Le bas de mon dos a commencé à se contracter. Je me suis de plus en plus incliné. Un vrai combat contre moi-même a débuté. J’ai résisté. J’avais fait un voyage exceptionnel, j’étais accompagné d’un pacer, et puis j’avais fait une course incroyable jusque-là. Bref, pour toutes ces raisons, c’était hors de question de craquer.

De manière générale, je n’abandonne pas facilement, même si je sens que la course m’échappe. Pour l’UTMB par exemple, j’étais à la bagarre pendant 100 kms. Et soudainement je me suis senti très fatigué. Mais je me suis battu, j’ai finis tranquillement et pleinement satisfait, même si le résultat n’était pas à la hauteur de mes espérances.”

– Est-ce que tu vas te laisser tenter par une SaintéLyon ou une TransMartinique pour clôturer l’année ?

“La saison est définitivement terminée pour moi. Pour autant, je vais conclure sportivement cette année 2014 en participant à un trip mêlant trek et trail proposé par l’un de mes sponsors, Julbo du 22 Novembre au 3 Décembre prochain. En compagnie de Jason Schlarb et d’un traileur américain, je vais traverser l’île d’Hawai, en passant par les deux volcans de l’île. Ce sera une belle aventure de plus de 200 kms pour 8500m D+, le tout sans chrono ! Notre seul objectif ce sera de rapporter de belles photos !”

– Quel est ton moteur pour partir t’entraîner au quotidien ? Qu’est-ce qui te motive à donner le meilleur sur chaque épreuve ? Est-ce qu’il t’arrive de ressentir une certaine lassitude dans ta vie de traileur ?

“C’est l’épreuve en elle-même qui me motive et qui me porte au cours de mes entrainements. J’ai de beaux projets pour l’année prochaine qui me donnent déjà envie d’aller courir. Je trépigne d’impatience.

En revanche, je ressens effectivement une certaine forme de lassitude quand ma préparation touche à sa fin, juste avant que l’échéance n’arrive. Mais elle s’envole aussi vite, souvent dès le lendemain de la course où j’ai de nouveau envie de repartir !”

– Es-tu fier de ton équipe ? Les performances des Hoka Boys cette année ont-elles été au niveau des attentes ? Quels changements au sein du Team pour l’année qui arrive ?

“Je suis très fier de la Team. Pour la Diagonale, j’étais confiant. Je savais qu’ils étaient là pour donner le meilleur d’eux-mêmes et pour réaliser de belles performances et ils ont vraiment rempli leur rôle. Caroline Chaverot, Ludovic Pommeret et Aurélien Collet notamment ont atteint un haut niveau cette année.

De nouveaux athlètes nous rejoindront également dans les saisons à venir afin d’étoffer l’effectif mais rien n’est encore finalisé à ce jour.” 9_20140712CMHardrock-6992runningcompetitor

Quels projets pour 2015 ?

– Est-ce que tu connais d’ores et déjà tes objectifs 2015 ? Aura-t-on l’occasion de te rencontrer sur des épreuves de l’UTWT ? Peut-on espérer te voir battre le record du GR20 sur une 3e tentative ?

“J’ai envie de bousculer un peu ma manière de faire en démarrant les ultras un peu plus tardivement que d’habitude dans la saison. Je vais faire un break pendant la période hivernale, pour revenir plus performant. J’ai notamment en ligne de mire la Western States.

Pour ce qui est d’une nouvelle tentative de record du GR20, cela reste dans un coin de ma tête mais pas pour 2015. Cela exige une grosse préparation physique, ainsi qu’une importante organisation et logistique. Je sais qu’il y a des possibilités pour battre le record et en toute transparence…”

– Les coureurs Salomon ont globalement dominé les épreuves majeures d’ultra (Sandes, D’Haene, Jornet). Sera-t-il possible de les détrôner l’an prochain ?

“J’ai bon espoir oui ! Personne n’est imbattable ! Une course n’est jamais gagnée d’avance. Les meilleurs peuvent connaître des déconvenues et cela peut profiter aux autres qui sont dans une bonne journée. Un ultra reste une épreuve imprévisible et c’est ce qui fait tout son charme aussi.”

– Tes nombreuses victoires en ultra-trail font de toi, un des plus grands spécialistes mondiaux de la discipline. Pour autant, on a pu te voir prendre le départ d’épreuves « plus courtes » (Citadelles et SaintéLyon 2012, Maxi-Race 2011 et 2014 entre autres). Est-ce que tu envisages de t’afficher sur des trails longs à l’avenir, comme la TransVulcania ou les Templiers ?

“C’est tout à fait possible. Qui plus est, ce serait parfait pour casser la routine des ultras. J’aimerais beaucoup participer aux Templiers. C’est une course mythique. Mais encore faut-il que le calendrier aille dans le bon sens et là c’est une autre paire de manche !”

– Quelles sont tes relations avec ton entraîneur, Pascal Balducci ? Qu’est-ce qu’il t’apporte depuis deux ans ? Signes-tu pour une troisième saison sous son expertise ?

“Nous échangeons beaucoup et faisons des points très régulièrement que ce soit sur mon état de fatigue, la planification des séances. Je lui confie entièrement mes préparations. Il n’est pas question pour moi de modifier les plans sauf cas de force majeure. En choisissant un entraineur comme lui, je me décharge totalement de l’analyse et c’est très confortable. Quant à signer pour une nouvelle saison, je ne me suis même pas posé la question tellement c’est évident. Je le suis à 100% !”

– Au niveau de ton sponsor, est-ce que tu peux nous dévoiler les évolutions futures des modèles ? Avec leurs 215g, les Clifton associent la légèreté des chaussures minimalistes avec le fameux amorti oversize. Est-ce que Hoka peut aller encore plus loin dans la légèreté sans se renier ?

“Depuis sa naissance, Hoka a beaucoup évolué dans l’univers du trail. Nous continuons d’ailleurs l’élaboration de nouvelles chaussures en créant l’équivalent de la Clifton pour le trail.

Aujourd’hui la marque souhaite s’élargir et offrir une gamme route pour toucher ainsi un plus grand nombre de coureurs. Les chaussures qui vont arriver auront notamment un meilleur grip. Nous avons également collaboré avec Vibram. Nous voulons développer des modèles route encore plus légers. Notre objectif est d’être de plus en plus présent sur le bitume.

Hoka offrira également un tout nouveau modèle pour les cross d’ici un an. C’est très intéressant de travailler sur les pointes. En cela, je ne pense pas qu’Hoka renie ce qui a constitué sa marque de fabrique. Elle évolue c’est tout.

Hoka va percer sur le marché des chaussures de route. Je n’ai aucun doute là-dessus. Elle veut fédérer un maximum de coureurs et de tout horizon autour d’un seul et même objectif :la performance pure.”

– Dans le paysage du trail, comment te représentes-tu Hoka d’ici 10 ans ?

“Globalement, je ne vois pas une énorme évolution dans le domaine du trail. Hoka est déjà bien présente et il n’y aura pas de grosses évolutions en termes de parts de marché.

Par contre, beaucoup de progrès sont à attendre en matière de chaussures route. Nous avons une belle marge à conquérir sur ce terrain. J’ai d’ailleurs bon espoir que nous atteignons 2h15 sur marathon avec l’un de nos futurs modèles !

Merci Julien ! Nous te souhaitons un beau voyage sur l’île paradisiaque d’Hawaï ! A très bientôt sur les chemins !”

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Texte: Valessa Oliveira
Crédits photo (dans l’ordre d’apparition): Droz photo, Xtof Aubonnet, Tim Lloyd


Auteurs

  • 👨 Cédric Masip - 38 ans 👫 Marié - 1 enfant 👶 👨‍💻 Fondateur et Rédacteur en chef 🇫🇷 Saint-Macaire - Gironde [33]🍷 🔜 @parismarathon 🔒 42.195km [RP] 2h46’52 🏃🏻‍♂️ Runner et Cyclist 🚴‍♂️ ✨ Ma Philosophie ✨ "Courir sur le chemin de la vie, le plus loin possible, le plus longtemps possible. Emprunter tous les sentiers, même les impasses, le plus important est de s’y (re)trouver".

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