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Jean-François Harruis, l’homme d’acier

Jean-François Harruis.

Jean-François Harruis, avec un palmarès hors-norme, sera présent sur le 177km du Grand Raid du Morbihan. Il se prête au jeu des questions- réponses pour les lecteurs de Trail Session, en exclu.

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Trail Session Magazine : Bonjour Jean-François, tu as un palmarès exemplaire, nous nous connaissons un peu mais nos lecteurs aimeraient en savoir un peu plus sur toi.

Jean-François Harruis : Bonjour ! En 1985, après avoir arrêté de fumer je me suis mis à courir, j’ai fait ma première compétition en mars 1986. D’abord des courses sur route, puis quelques cross, ensuite des Trails, et début dans l’Ultra depuis 2009. C’est le Trail qui m’a relancé après un peu de lassitude sur la route. Je suis un débutant dans l’Ultra, et motivé comme un junior ! Ma pratique dans la course à pied est toujours dans un esprit de convivialité, de solidarité, du respect et de l’échange avec les autres. Je relativise toujours mes succès et mes échecs, je pense que c’est un grand privilège de pouvoir courir et au regard de la souffrance de certains on n’a pas le droit de se plaindre, ce n’est pas quelques minutes en plus ou quelques km en moins, qui changent grand-chose.

T.S : Tu reviens des Championnats du monde de 24h ou la course s’est déroulée dans des conditions difficiles, peux-tu revenir dessus ?

JFH : Championnat du Monde 2013. Après chacune de mes courses, je fais une analyse sans me mentir et en appuyant sur les points faibles, je pense que c’est comme ça qu’on peut avancer et progresser. Après le Championnat du Monde aux Pays-Bas, ou on a certainement quelques circonstances atténuantes, mais pas d’excuses à trouver pour expliquer notre échec, devant des conditions météo difficiles (pluie, vent, grêle) nous avons baissé les bras, quand je dis nous, c’est l’équipe de France masculine, il y a eu les abandons de Christophe Martin, Manu Fontaine, Ludovic Dilmi, je me suis arrêté 3h durant la nuit pour me réchauffer, lorsque je suis reparti vers 4h du matin j’avais l’impression qu’il n’y avait plus que des féminines qui tournaient ! La leçon que je retiens est que lorsque l’on est plus dans nos objectifs et que ça devient difficile, nous baissons plus rapidement les bras, alors que les féminines qui elles partent plus prudemment, gèrent mieux les à côté et persévèrent en allant chercher des forces au plus profond d’elles même, c’est une leçon d’humilité que nous avons prise !!! Chapeau bas, les filles.

T.S : Le 28 juin, tu seras aligné sur le 177km du Grand Raid du Golfe, déjà vainqueur sur cette épreuve en 2009 et 2010 . Cette année tu seras au côté de Christian Dilmi, vainqueur en 2011, mais aussi de son frère Ludovic Dilmi. Comment appréhendes-tu la course ?

JFH : Il y aura les frères Dilmi, Christophe Martin aussi de l’équipe de France que j’ai réussi à motiver, s’ils sont parmi les favoris, il y a beaucoup d’autres coureurs connus ou moins connus qui viennent pour tenter de décrocher une belle victoire de prestige, ça promet une belle bagarre et c’est tant mieux pour le spectacle, et rien n’est écrit d’avance.

T.S : Es-tu en forme pour le 177km ?

JFH : Ma forme ? Personnellement, je ne me sens pas en grande forme, après une chute dans les chemins gras, j’ai toujours mal à la hanche, ça m’a contrarié pour m’entraîner convenablement, et j’espère qu’il me reste les bénéfices de ma préparation des Championnats du Monde. Depuis 8 semaines, une moyenne de 32 km par semaine, deux sorties longues, une de 206 km le 12 mai, une autre de 85 km le 8 juin, ça me paraît difficile pour jouer les premiers rôles.

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T.S : Du coup comment vas-tu gérer ta course ? 

JFH : Je pars quand même avec quelques espoirs, avec une première partie assez prudente et pourquoi pas une belle remontée, il n’y a pas de miracles en course à pied, mais parfois avec de l’abnégation on peut aller loin, je retiens la leçon des Pays-Bas.

T.S : Pourrais-tu donner un conseil à ceux, qui souhaitent simplement aller au bout ?

JFH : Je n’aime pas donner des conseils, mais plutôt ma façon de voir les choses, à mon avis il n’est pas nécessaire d’être un grand champion pour réussir sur un ultra, mais il ne faut pas non plus avoir de point faible, ça ne pardonne pas sur ces distances. Mais la réussite ce n’est pas seulement la gagne, c’est aussi le fait de donner le meilleur de nous-mêmes et notre performance, celle qui compte sera à l’arrivée, nous aurons mené notre défi… nous aurons gagné. Sur ce genre de course il règne une grande solidarité, un partage commun des valeurs humaines qui fait que c’est à chaque fois une nouvelle aventure, aventure qui est à la portée de beaucoup d’entre nous si l’on y croit ! C’est vers une certaine harmonie entre le corps et l’esprit que l’on doit tendre. Ça nécessite une gestion de course particulière, qui impose de se freiner dans le 1er quart de l’épreuve, de se maintenir dans le 2e quart, de ne pas lâcher dans le 3e quart et de s’arracher dans le dernier quart. Quand la fatigue physique et morale s’installe, le mental que l’on s’est forgé au fil des entraînements doit nous permettre d’aller au bout.

Forcément il y a des moments difficiles, il faut faire le dos rond, se dire que ça ne va pas durer, ne jamais se décourager. Et hormis la blessure, ne pas abandonner, ne pas rendre son dossard trop rapidement, penser au lundi avec tous les regrets que l’on aura. Croire en soi ! Des fois malgré toute notre volonté, si l’on a été contraint d’abandonner, il ne faut pas être abattu, récupérer, analyser, pour progresser et remettre ça l’année prochaine.

T.S : Merci Jean-François pour cet entretien, nous te souhaitons une belle course et peut-être une belle surprise sur le podium ! 

JFH : Merci à vous, et à bientôt !

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Palmarès : 

  • Champion du Morbihan de marathon
  • Vice champion de Bretagne de marathon
  • Vainqueur de l’heure Vannetaise des 24h de Vannes par équipe
  • Des 3h de la Saint-Jean à Hennebont
  • Vainqueur du trail de Monterblanc
  • Vainqueur Grand Raid du Golfe 2009 et “2010”
  • Champion de Bretagne de 24h
  • Record du Morbihan de 24h, de Bretagne V2 de 24h = 246,116 km
  • Sélectionné dans l’équipe de France des 24h et tu reviens du Championnat du monde de 24h 

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TS MAG

Alexia Jacquot, Trail Session Magazine, 2013.

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